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Napoléon est mort ! Vive Napoléon !

  • buzzactus
  • 11 mai 2021
  • 4 min de lecture


Deux cents ans après son décès à Sainte-Hélène, Napoléon fascine encore et toujours. A l’occasion du bicentenaire de sa mort, L’Histoire a sélectionné ses meilleurs articles liés à la mémoire de l’Empereur.


« Ce n’est plus un événement, c’est seulement une nouvelle. » C’est par ce mot d’esprit que Charles Maurice de Talleyrand-Périgord aurait répondu en apprenant le décès de l’Empereur. Pour une fois, le diable boiteux se trompait, tant la figure de Napoléon Bonaparte allait hanter tout le XIXe siècle français et européen.

Aujourd’hui encore, il fait partie des figures historiques les plus connues, en France bien sûr, mais également dans le monde entier. Il faut dire que ce nom, « Napoléon », est désormais partout : une espèce d’araignée le porte (car le motif de son abdomen rappelle la silhouette de l’Empereur !), mais aussi une cerise, un théorème de géométrie, un bonbon belge, un poisson, ou encore une ouverture aux échecs. Sans compter les jeux vidéo, jeux de société ou encore les films et, en premier lieu, le chef-d’œuvre d’Abel Gance de 1927 ou celui, jamais réalisé, de Kubrick, « le meilleur film jamais tourné »[1].

L’Histoire, depuis quarante-trois ans, lui a consacré de nombreux articles, dossiers et numéros, dont une partie s’attache à la mémoire de celui qui repose depuis 1840 aux Invalides. Alors que le bicentenaire de sa mort va donner lieu à de nombreuses commémorations et expositions, voici une sélection des meilleurs articles pour comprendre comment la légende a continué de prospérer après la mort de l’Empereur.

Cette « légende increvable » de Napoléon que relate Sudhir Hazareesingh est tellement protéiforme que chacun peut s’y retrouver, du républicain au monarchiste, du soldat au paysan, d’hier à aujourd’hui. L’Empereur fait l’objet d’un véritable fétichisme mondial, de sa maison natale d’Ajaccio jusqu’au Japon (on a retrouvé une figurine japonaise du XIXe siècle représentant Napoléon en samouraï). Tout cela explique sans doute son incroyable longévité dans les mémoires.

Dès les premiers pas de l’Empereur sur cette île perdue au milieu de l’Atlantique Sud qu’est Sainte-Hélène, la Restauration s’impose. Malgré les efforts des monarchistes de toute l’Europe pour le dépeindre en tyran sanguinaire, la légende noire ne prend pas. En particulier chez ceux qui craignent un retour à l’Ancien Régime, notamment des paysans. Mais aussi les jeunes romantiques, tel Alfred de Musset à travers La Confession d’un enfant du siècle, qui, inquiets de ne pouvoir vivre à leur tour l’épopée glorieuse des générations précédentes, plongent dans la mélancolie. Tandis que d’autres vont s’enrôler aux quatre coins du monde pour propager la révolution.

La publication du Mémorial de Sainte-Hélène par Emmanuel de Las Cases va, pour longtemps, instaurer, dans l’esprit des républicains, des libéraux et de bien d’autres, la légende du nouveau Prométhée cloué injustement sur son rocher, celle de l’empereur libéral, le défenseur des nations, et favoriser ainsi la création d’un courant bonapartiste comme le montre Jean-Pierre Rioux. Ce sont, peu ou prou, ces mêmes Français qui ne vont cesser de propager la rumeur selon laquelle Napoléon n’est pas mort, tels certains insurgés de 1830 croyant le reconnaître parmi la foule, nous raconte François Ploux. Une aura quasi mystique largement entretenue tout au long du siècle par les « vieux débris » de la Grande Armée, ces vieux soldats ayant parcouru toute l’Europe derrière l’Empereur. Dont beaucoup vont, à travers leurs récits, propager l’épopée impériale, nous explique Natalie Petiteau. Une légende militaire largement validée par les experts du XIXe siècle et d’abord par le plus fameux d’entre eux, Clausewitz, comme le rappelle Hérvé Coutau-Bégarie.

Cette immense popularité connaît deux points d’orgue au XIXe siècle. Tout d’abord le rapatriement des cendres de l’Empereur en 1840 sous la monarchie de Juillet, narré par Jean-Marie Homet, où plusieurs centaines de milliers de personnes acclament « un cercueil qui revient en triomphe », selon Victor Hugo. Mais, surtout, l’arrivée à l’Élysée en 1848 du neveu de l’Aigle, Louis Napoléon Bonaparte, une élection décryptée par Michel Winock qui mène « Napoléon le Petit » jusqu’à la restauration de l’empire.

Si cette légende a si bien perduré dans l’esprit des Français du XIXe à aujourd’hui, c’est aussi grâce à la littérature. Balzac, Hugo et Stendhal y ont largement contribué. Mais, comme le montre Robert Kopp, c’est sans doute Chateaubriand, qui, bien qu’il l’ait combattu, fait de l’Empereur « le plus grand homme de l’histoire » dans les Mémoires d’outre-tombe, et favorise ainsi largement le mythe napoléonien.

Sans doute moins connu mais néanmoins tout aussi important fut le rôle de la littérature populaire entre 1870 et 1914. Bien que peu appréciée par les intellectuels, cette littérature a grandement participé à perpétuer la légende impériale parmi la population française d’après Jean Tulard.

De nos jours encore, l’Empereur n’est pas oublié, sa mémoire est largement entretenue à travers le monde par l’association Le Souvenir napoléonien. Déjà, en 1989, cette association regroupait des fans mais aussi des chercheurs, de France et d’ailleurs, comme l’explique Laurent Lemire. Enfin, comme une douce ironie de l’histoire, faire le voyage dans le dernier lieu où vécut l’Empereur, Sainte-Hélène, est considéré par les admirateurs de Napoléon comme un véritable pèlerinage d’après Thierry Lentz. Un afflux touristique qui permet de faire tourner l’économie de cette île anglaise.

Thomas Vercelot


Source : L'Histoire

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