Les métaux rares, essentiels à la santé
- buzzactus
- 9 mars 2021
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La pandémie de COVID-19 a mis en évidence que la plupart des pays ne disposaient pas d’une souveraineté sanitaire suffisante pour faire face à une telle crise. Des pénuries de masques, de respirateurs, de médicaments et maintenant de vaccins se sont fait sentir dans de nombreux pays, même les plus avancés. Ces problèmes montrent que nos sociétés sont dépendantes de certains territoires pour des produits essentiels.
Qu’en est-il pour les métaux ?
Notre équipe de recherche franco-canadienne travaille depuis quelques années sur les interactions entre les sciences de la Terre et les sciences sociales, notamment autour du concept de géologie sociale et sur la dynamique des territoires riches en ressources.
Des métaux stratégiques
La notion de minerai critique et stratégique remonte aux guerres du XXe siècle. À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis ont constitué des stocks de métaux. Toutefois, leur surabondance à la fin du XXe siècle et la mondialisation ont conduit les États occidentaux à abandonner leur politique proactive dans ce domaine. La prise de conscience d’une dépendance aux ressources minérales importées n’est revenue qu’à la fin des années 1990, avec l’émergence des économies asiatiques et de nouveaux monopoles.
La liste des métaux critiques et stratégiques varie selon les pays, allant d’une douzaine pour la Défense nationale française aux 35 métaux répertoriés dans le décret de l’ex-président des États-Unis Donald Trump, en 2018.
Pourquoi ces listes de métaux ? Elles reflètent les grands enjeux du passé, ceux des guerres du XXe siècle et des conflits futurs redoutés. Plus généralement, elles marquent les crises technologiques et sociales qui ont frappé nos collectivités depuis 50 ans et qui ont mené à ce que le sociologue allemand Ulrich Beck a appelé la société du risque.
Ainsi, chaque crise a laissé dans son sillage de nouvelles solutions technologiques, une sécurisation des chaînes d’approvisionnement et une conscience accrue de la dépendance, chaque fois différente, à divers métaux. Voici quelques exemples.
Du pétrole à l’or
En 1973, la crise du pétrole a souligné la fragilité de la plupart des pays développés en matière d’énergie. Certains se sont tournés vers le nucléaire, d’autres, vers l’hydroélectricité. Des mines d’uranium ont alors été mises en activité un peu partout, de la Saskatchewan au Niger ; le prix du minerai a flambé en 1978 et le pic de production a été atteint en 1980.
La crise terroriste de 2001 a accéléré à son tour le développement des technologies de l’information dans les industries de la défense, et la consommation de métaux de haute technologie a augmenté en conséquence. Le prix du tantale a touché un sommet en 2000 et sa production mondiale était maximale en 2004. Cette demande a encouragé la production artisanale dans l’est du Congo, au cœur d’un conflit depuis 20 ans.
La crise du nucléaire à la suite des accidents de Tchernobyl (1986) et de Fukushima (2011) a favorisé le passage aux énergies renouvelables à forte intensité de métaux, notamment pour l’éolien. Le prix des terres rares a explosé pour atteindre un pic en 2010, et la production a doublé depuis.
Enfin, en 2008, la crise financière a fragilisé les marchés mondiaux et entraîné une reprise des achats d’or, notamment par les banques centrales russe et chinoise, ce qui a permis de soutenir le cours du précieux métal.
On comprend ainsi que chaque crise s’accompagne de nouveaux besoins en minéraux et d’une sécurisation de ces filières.
Métaux et enjeux sanitaires
Les métaux sont utilisés pour la santé humaine depuis des millénaires. La médecine traditionnelle ayurvédique, pratiquée depuis 3 000 ans en Inde, recourt au plomb, au mercure et à l’arsenic pour soigner divers maux. Toxiques en trop grande quantité, ces métaux peuvent cependant devenir indispensables dans certains médicaments et équipements médicaux et orthopédiques.
Aujourd’hui, la pharmacopée mobilise plus d’une douzaine de métaux ou métalloïdes agissant sur diverses pathologies : fer contre l’anémie, bismuth, cobalt et nickel contre les problèmes gastriques, lithium contre la dépression, antimoine contre la leishmaniose, platine ou métaux radioactifs contre le cancer, arsenic contre le psoriasis. L’or peut même traiter la polyarthrite rhumatoïde…
Les métaux sont aussi largement utilisés dans les prothèses : ainsi, une bouche traitée par un prothésiste dentaire pourrait contenir jusqu’à 32 métaux différents ! L’imagerie médicale recourt également à de nombreux métaux, des rayons X à la médecine nucléaire ; la résonance magnétique nucléaire (RMN) repose sur des aimants riches en terres rares, tandis que 20 % du gadolinium mondial sert à des solutions qui augmentent le contraste des images de la RMN.
Métaux et crise de la COVID-19

Et la COVID-19 ? On retrouve des métaux tant dans la prévention que dans le traitement de cette nouvelle maladie.
Le cuivre a été le grand favori pour créer des surfaces anti-COVID, pouvant réduire les éclosions nosocomiales dans les hôpitaux et faisant disparaître virus et bactéries en moins de deux heures. Le zinc, quant à lui, peut renforcer les défenses immunitaires et a déjà été utilisé contre des virus.
L’argent prévient les infections et est présent partout dans les hôpitaux. Son utilisation en hygiène et en santé représente plus de 6 % de la production minière. Certains respirateurs contiennent du chrysocale, un alliage de cuivre, de zinc et d’étain qui a d’ailleurs fait défaut en Europe au printemps 2020.
Ainsi, en plus des métaux stratégiques au cœur de conflits, il existe des métaux essentiels à la santé. La pandémie de 2020 a provoqué des pénuries de produits d’hygiène et pharmaceutiques ; des équipements médicaux de pointe, bourrés de composants électroniques et donc de métaux à haute valeur ajoutée, ont parfois manqué.
La plupart des pays occidentaux dépendent de métaux importés. Il serait donc temps d’établir avec plus de discernement ce qui est réellement indispensable, quels sont ces métaux essentiels dans le secteur de la santé, et comment en garantir l’approvisionnement pour les prochaines crises sanitaires.
Source : L'actualité




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