top of page

Privés de médicaments, les Libanais à bout de souffle

  • buzzactus
  • 7 mars 2021
  • 3 min de lecture

L’essence, l’électricité et même l’eau sont devenues des denrées rares au Liban qui s’enfonce un peu plus chaque jour dans la crise sociale, économique et politique. Mais lorsqu’on ne peut plus trouver de médicaments pour soigner l’asthme, le diabète ou autre maladie chronique, ça devient une question de survie


« Forxiga? », demande un homme à travers la fenêtre de la pharmacie Cilicie, située dans le quartier Mar Mikhaïl à Beyrouth. «Ma fi», répond en arabe Antoinette Markarian, assistante pharmacienne, ce qui veut dire «il n’y en a pas». L’homme repart bredouille. Cette scène est malheureusement devenue habituelle ici. Les médicaments servant à traiter les maladies chroniques, comme le Forxiga pour le diabète de type 2, ou encore ceux pour la pression artérielle ou l’asthme, sont en rupture de stock dans tout le pays. « Vous voyez? C’est vide », dit le pharmacien Michel Khorozian, en pointant les étalages dégarnis. On peine même à trouver du paracétamol (que l’on appelle aussi acétaminophène), un médicament pourtant très commun et vendu sans prescription.


Pénuries et manque de fonds

En réponse à la crise qui dure depuis 2019, la Banque du Liban avait commencé à octroyer des subventions aux importateurs pharmaceutiques pour l’importation de médicaments et de matériel médical. Depuis quelques mois, en l’absence de réserves suffisantes de devises dollars américains dans le pays, ces subventions sont peu à peu retirées. Sans soutien de l’État, selon Michel Khorozian, les importateurs ont plutôt intérêt à conserver les médicaments qu’ils ont achetés au taux de 1 500 livres pour 1$ USD en attendant les subventions ou à les vendre d’autres pays, comme la Turquie ou la Syrie, en dollars. « Chaque semaine, on entend que le gouverneur de la Banque centrale va leur donner de l’argent, mais rien. Et nous, on attend », se désole le pharmacien. Une grande variété de médicaments indisponibles, plus de 50% de la population vivant désormais sous le seuil de pauvreté et un pouvoir d’achat qui se réduit comme peau de chagrin, voilà des parcelles de la triste réalité à laquelle les Libanais font face. La Banque Mondiale a même statué que la crise économique et financière au Liban pourrait être classée « parmi les 10, voire les trois crises mondiales les plus sévères depuis le milieu du XIXe siècle ».

Alors que le taux officiel était avant 2019 de 1 500 livres libanaises pour 1$ USD, en octobre 2020 il était de 8 000 livres pour 1$ USD sur le marché noir et a poursuivi sa chute jusqu’à environ 17 500 pour 1$ USD à la fin de juin 2021. Conséquemment, les prix ont drastiquement augmenté (nourriture, essence, loyer, loisirs, etc.) et d’autres subventions ont été levées, comme celle sur le sucre, alors que les salaires, eux, sont les mêmes. En gros, avec le même montant d’argent, on peut se payer environ dix fois moins de bien et de services en livres libanaises. Ajoutons à cela des frais pour reconstruire le domicile après l’explosion du 4 août 2020, sans l’aide de l’État. Pour rappel, l’explosion au port de Beyrouth provoquée par 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sans précaution (l’enquête est d’ailleurs toujours en cours, sans résultats) avait causé la mort à plus de 200 personnes, en a blessé environ 6 000 et a laissé plus de 300 000 personnes sans toit dans plusieurs quartiers de la ville. Après, difficile d’imaginer comment payer des soins médicaux ou des médicaments, si l’on arrive à en trouver.








Commentaires


bottom of page